Abstract
En 1827, des officiers d’Osaka identifient trois femmes et deux hommes de la région (Kyoto et Osaka) comme étant chrétiens (kirishitan), c’est-à-dire des adeptes d’une religion interdite. À la suite d’une vaste enquête, ces personnes sont exécutées par crucifixion en 1829. Cet article, qui se fonde sur leurs dépositions, montre les points suivants quant à leurs motivations et leurs pratiques : ils n’ont aucun lien avec des traditions chrétiennes plus anciennes connues au Japon ; leur « christianisme » est un amalgame d’éléments divers provenant de textes chinois de Matteo Ricci ou d’autres missionnaires, d’écrits anti-chrétiens, de récits de la révolte de Shimabara-Amakusa et de pratiques religieuses populaires (1). La curiosité intellectuelle suscitée par les textes chinois et le désir de réussite en ce monde sont les deux facteurs qui attirent les hommes (2). Les femmes, qui gagnent leur vie en tant que devins d’Inari, cherchent à acquérir par cette croyance de mystérieux pouvoirs permettant l’amélioration de leurs compétences. Leur religiosité est orientée vers la pratique plutôt que vers le savoir textuel, celle-ci incluant des mortifications, le respect du célibat et la récitation du mantra du Maître de Ciel (3). Pour les officiers et l’opinion, ces femmes sont plus dangereuses que les hommes, car leur comportement – l’appât du gain et le maniement de la sorcellerie – correspond à l’image des kirishitan dans la société (4).